quinta-feira, 6 de janeiro de 2022

“A Globalização Engendrou a Conflitualidade Permanente”

Responsável da área “intelligence stratégique et politiques de puissance”, na École de Guerre Économique, de Paris, Raphaël Chauvancy é oficial superior das “tropas da Marinha” francesa e está actualmente destacado junto dos “Royal Marines” ingleses. Nesta recente entrevista à GeopoWeb, ele faz o ponto de situação da actual circunstância estratégica global (vista de Paris…) e esclarece conceitos fundamentais nas grelhas de leitura da geopolítica, da guerra económica e da estratégia. Sobre a Europa, diz o que nunca responsável político algum disse: “L’Union Européenne n’existe ni en termes géopolitiques, ni en termes militaires”. E, especificamente, sobre a Alemanha, “desconectada da realidade das relações de força”, Chauvancy diz o que Maomé não se atreveu a dizer do toucinho… 


“LA MONDIALISATION A ENGENDRÉ

UNE CONFLICTUALITÉ PERMANENTE.”

 

Raphaël Chauvancy, officier supérieur des troupes de marine est actuellement détaché auprès des commandos britanniques. Il est parallèlement en charge du module «intelligence stratégique et politiques de puissance» de l’Ecole de Guerre Economique. Il concentre ses recherches sur les problématiques stratégiques et les nouvelles conflictualités. Interview exclusive.

 

GeopoWeb | 23 décembre 2021

 

GEOPOWEB. L’idée de guerre économique et de puissance sont au cœur de vos travaux. Comment les définissez-vous ?

 

Le moteur de toutes les sociétés développées depuis l’antiquité est la quête de la puissance. C’est ainsi qu’elles s’affirment, se protègent, contrôlent l’espace, maîtrisent les éléments, se perpétuent et élaborent enfin une cosmologie propre.

 

La puissance ne se confond pas avec la force, comme on le lit trop souvent. Elle est une relation multiforme et synergétique. Tenant compte de la nécessité, la puissance est l’effet de la projection dans le temps d’une volonté stratégique raisonnée sur l’environnement humain, politique, social, économique, géographique et culturel.

Le jeu des puissances se fait à somme nulle, car il est une relation comparative. Par ailleurs, le champ des activités humaines s’élargissant, une puissance qui ne progresse pas régresse mécaniquement. C’est pourquoi la puissance ne peut être pensée en dehors des conditions de son accroissement, donc d’un cadre de compétition au mieux, conflictuel au pire.

 

La guerre économique est une des principales expressions contemporaines du choc entre les puissances. Loin de se limiter aux expressions paroxysmiques du blocus ou des guerres douanières, elle consiste à enfermer ses rivaux dans un écheveau de dépendances économiques tout en cherchant s’en préserver soi-même au maximum. Les conquêtes et la valorisation des domaines économiques ont ainsi largement supplanté celles des territoires. La mondialisation a multiplié les menaces comme les opportunités, conduisant à ce que Christian Harbulot appelle les guerres économiques systémiques.

 

2. Quels sont les nouveaux moyens de la panoplie guerrière? Le risque de guerre est-il plus important comme le pensent certains observateurs (Francois Heisbourg)?

 

Une erreur commune consiste à réduire la guerre à l’homicide militaire. Or tuer n’est pas une fin en soi. C’est un moyen parmi d’autres pour réduire un groupe capable de concevoir et de conduire une volonté stratégique à une collection d’individus impuissants.

Le chef d’état-major des armées, le général Burkhard estime que le cycle binaire guerre-paix est désormais caduque. La mondialisation a engendré une conflictualité permanente qui prend trois formes distinctes: la compétition, la contestation et l’affrontement.

 

La première correspond à ce que les Anglo-Saxons nomment le political warfare, c’est-à-dire une guerre couverte portant sur les structures sociales et cognitives; on peut le traduire par «guerre par le milieu social» (celui-ci étant entendu comme l’ensemble des interactions humaines qui constituent une société) ou GMS.

 

La seconde est celle des guerres hybrides et de la coercition grise, où l’emploi de ‘proxys’ permet d’agir en deçà du seuil de l’engagement par le feu.

 

Enfin, l’affrontement prend la forme classique de l’affrontement militaire.

 

Dans ce contexte, le véritable défi pourrait être d’identifier la courte liste de ce qui ne relève pas de la panoplie guerrière.

Pour en revenir à la guerre militaire stricto sensu, le risque est incontestablement plus élevé aujourd’hui qu’au début du siècle.

 

La décision de l’Azerbaïdjan de trancher par les armes son différend avec l’Arménie ou les incursions militaires turques dans l’espace maritime grec l’illustrent.

 

La faiblesse militaire de l’Europe est une véritable incitation à bousculer ses intérêts de la manière la plus simple, par les armes. Athènes a également pu mesurer l’inutilité des garanties des Etats-Unis comme de l’OTAN lors de sa crise avec Ankara.

 

3. Validez-vous l’idée que les relations internationales sont d’abord des rapports de force internationaux, de pouvoir etc.., donc la victoire de Machiavel?

 

Les idéalistes ne cessent de se heurter à la réalité machiavélienne. Les rapports de force sont la mesure du monde.

 

Les grandes utopies ou les religions qui ont réussi à marquer l’histoire de leur empreinte l’ont compris. Les autres se sont effacées sans laisser de traces. Sans les guerriers de Clovis, la France ne serait probablement pas restée catholique. La révélation de Mahomet a été portée par le sabre. Les croyances dites woke contemporaines ne seraient rien sans la puissance financière de la Silicon Valley et le soutien de certaines agences américaines.

 

Même l’essor contemporain de la société civile n’échappe pas à la règle des rapports de force. On ne peut pas distinguer la société de la puissance qui en est l’expression, ni l’exempter du jeu des rapports de force. Les idées, les structures sociales, l’organisation économique, les références culturelles, les politiques d’éducation, les repères moraux etc. s’y intègrent pleinement.

 

Les Britanniques l’ont compris. Leur nouvelle stratégie dans la compétition globale est celle d’une «whole of society response». La société elle-même ne se distingue plus des instruments régaliens de la puissance à l’heure des nouvelles guerres systémiques ouvertes ou couvertes.

 

4. Faut-il parler d’un «retour de la menace» ou bien la guerre est-elle un éternel anthropologique?

 

«La guerre est la mère de toute chose» disait Héraclite.

 

Ses formes évoluent en fonction des rapports de force. La paix est-elle un idéal ou un mirage? Elle n’a en tout cas jamais été l’état normal d’aucune société.

 

Il semble bien que le moteur des relations humaines soit la recherche de la puissance individuelle et collective. C’est elle qui pousse l’homme à comprendre, à concevoir, à agir et à réaliser ses projets. C’est encore elle qui l’entraîne à repousser ses limites. Cette flamme prométhéenne a pour contrepartie une insatisfaction permanente et une conflictualité systémique.

 

Le désir insatiable et la guerre sont à la fois le secret et le tourment de notre l’humanité, comme les Anciens l’avaient pressenti.

 

5. Qui est l’ennemi aujourd’hui? Peut-on le nommer? Comment s’y retrouver dans le vocabulaire de la menace (ennemi étatique, risques, menaces, adversaire potentiel etc...)? La surcharge de vocabulaire guerrier (guerres invisibles, économique, contre le terrorisme, juridiques avec l’extraterritorialité etc...), n’est-elle pas une erreur?

 

L’ennemi est celui que l’on affronte directement par le feu.

 

Les Européens ont beaucoup de mal à accepter la notion d’ennemi. En France même, il est révélateur que nous prétendions faire la guerre au «terrorisme», qui est un mode d’action et ne désigne personne, plutôt que d’assumer notre engagement militaire contre les groupes islamistes. Refuser de les nommer, c’est refuser de les comprendre et de les vaincre. Les islamistes sont des ennemis.

Mais dans le nouveau système stratégique mondial l’ennemi est souvent plus insidieux. Dans un contexte de contestation, il prend le masque de l’adversaire avec lequel se joue une partie faite d’opposition, de lignes rouges et de compromis partiels. La Chine ou la Turquie sont des adversaires.

 

Enfin, la compétition globale est une jungle où les coups sont portés tous azimuts. Elle ne connaît pas d’alliés, que des acteurs, Etats ou organisations diverses, qui défendent leurs intérêts. 

 

L’âge des alliances inconditionnelles est révolu. Elles ne sont plus que de circonstances et parfois à front renversé. Les Etats-Unis nous l’ont rappelé cruellement en balayant sans états d’âme nos intérêts industriels et géopolitiques dans le Pacifique en signant le traité AUKUS.

 

Les Allemands nous le montrent tous les jours, que ce soit dans l’affaire du SCAF ou sur la question du nucléaire civil.

 

Le monde multipolaire qui a émergé au cours de la dernière décennie est à la fois plus libre et plus conflictuel que celui de l’hégémonie unilatérale américaine qui a suivi la chute du mur de Berlin. Les collaborations et les contacts entre nations sont plus nombreux et plus éphémères.

 

L’affirmation des identités et des intérêts nationaux prend les Européens à contrepied. Ils ont cru de bonne fois au mythe de la fin de l’histoire et du village global qui répondait à leur besoin de sécurité matérielle et psychologique.

 

Il leur est dur de découvrir un monde d’ennemis, d’adversaires et de rivaux.

 

Nous cherchons à réduire l’autre à une simple extension de nous-mêmes par peur de la confrontation et des remises en cause qu’elle implique.

 

Nous sommes même prêts à renoncer à notre identité en espérant que l’autre fasse de même et qu’à ce prix nous évitions des conflits que nous ne savons plus mener et encore moins gagner.

 

Malheureusement, l’autre ne cherche pas l’indifférenciation. Il poursuit des objectifs propres qui peuvent être de nous supplanter.

 

Morgenthau disait que le pacifisme était le fruit de l’ignorance et que si connaissions mieux les autres nations et leurs arrière-pensées, les guerres éclateraient plus tôt et plus souvent.

 

De fait, en développant nos capacités en termes d’interculturalités, c’est à dire en apprenant à voir le monde avec les yeux de l’autre en nous glissant dans ses propres modes de représentation, nous verrions sans doute qu’il est difficile de s’entendre avec la Chine totalitaire, que les islamistes ne sont pas que des frustrés mais des ennemis plus conscients qu’on ne veut bien l’admettre, que nos alliés américains nous aimeraient plus soumis et ne reculerons devant aucun moyens pour y parvenir, que nos amis européens ont une vision de leurs fins dernières nationales qui n’est pas toujours compatible avec la nôtre.

 

Dans ces conditions, l’emploi pléthorique du mot guerre correspond à une prise de conscience progressive et salutaire. La guerre normative, la guerre culturelle, la guerre économique etc... sont les différentes facettes de la GMS dans un monde qui ne connaît plus la paix.

 

6. Validez vous le terme “guerre froide” dans le contexte actuel? L’interdépendance économique réduit-elle le risque de guerre?

 

La Guerre Froide correspond à une situation historique donnée. L’analogie est rassurante parce qu’elle se rapporte à des évènements connus dont le happy end autorise tous les espoirs.

 

Mais la situation est différente. Le contexte n’est plus bipolaire, il est celui de la multipolarisation du monde et de la compétition globale.

En 1914, les économies européennes étaient très largement interdépendantes…

 

L’interdépendance économique n’empêche pas l’affrontement militaire et ne fait qu’exacerber la guerre économique. N’oublions pas non plus que les interdépendances ne sont jamais également réparties. Elles ne font que complexifier les rapports de force.

 

7. Comment garantir la sécurité en situation asymétrique?

 

La sécurité consiste à pérenniser la capacité d’un corps collectif à subsister et à défendre ses intérêts de manière autonome.

 

A ce titre, un pays comme la France se trouve dans un rapport du fort au faible face aux groupes djihadistes sahéliens mais du faible au fort en termes économiques par rapport aux Etats-Unis ou à la Chine.

Dans un rapport du fort au faible, la force ne doit pas faire oublier les voies de la puissance, qui sont multi-domaines et indirectes.

 

Dans tous les cas, la priorité est de définir des objectifs réalisables et de concentrer ses efforts sur l’essentiel, en réalisant les concessions nécessaires et en portant l’accent sur l’ingénierie sociale et informationnelle pour créer les conditions d’acceptation d’une solution négociée.

 

En Algérie, la victoire militaire totale des forces françaises en 1962 a eu le même effet que Dien Bien Phu. Parce que le maintien du lien colonial n’était pas réaliste alors qu’il aurait été possible de préserver les intérêts de la minorité d’origine européenne et les liens transméditerranéens en accordant l’indépendance en 1958. Combien les deux pays en auraient tiré avantage!

 

Les Américains ont commis la même erreur en Irak. La grande difficulté est de ne pas être prisonnier de la guerre mais de garder en vue ses objectifs stratégiques.

 

Dans un rapport du faible au fort, les stratégies subversives ont fait leur preuve. Il est plus facile de conserver l’initiative lorsque l’on s’attaque à une entité plus forte, conservatrice par définition puisqu’elle cherche à préserver sa situation dominante. Elle est également moins souple et moins apte à se remettre en cause. Il est possible de prendre l’ascendant par la méthode de la surprise permanente qui use l’adversaire, le déstabilise et finit par provoquer sa lassitude.

 

En dernier recours, la guerre est un choc de volontés. Le protagoniste le moins déterminé ou le moins constant est appelé à se soumettre.

Quels que soient les rapports de force initiaux, quiconque renonce aux voies de la puissance renonce à exister en tant qu’entité stratégique, c’est-à-dire en tant que collectivité unie par une communauté de destin.

 

8. Quel est votre regard sur l’Afghanistan, la Syrie etc...? Un déclin de l’Occident?

 

Entendons-nous d’abord sur le terme d’Occident. L’expression est utilisée depuis l’après-guerre pour désigner d’un bloc le leader américain et ses protectorats européens, dépourvus d’autonomie stratégique faute de moyens et de volonté. L’Occident est tombé avec le mur de Berlin. Si la subordination stratégique du vieux continent au nouveau subsiste, la communauté d’intérêts face à la menace directe soviétique a disparu, lui retirant toute légitimité.

 

En Afghanistan, les nations européennes ont fait étalage de leur faiblesse. Initialement, les Américains ne voulaient d’ailleurs pas d’elles sur ce théâtre. Elles ont insisté, imaginant renouer avec la démonstration militaire de la première guerre du Golfe. Quand le conflit s’est durci, elles ont soigneusement évité les opérations de combat, enfermées dans leurs camps quand elles n’achetaient pas la paix dans leur secteur en payant les Talibans. Elles ont prouvé au monde qu’elles n’avaient ni capacités matérielles, ni expérience opérationnelle, ni résilience face à la mort. Seuls les Britanniques et les Français ont fait exception.

 

Du côté américain, le bilan afghan est plus mitigé. Des sommes astronomiques ont été dilapidées en pure perte, si ce n’est pour rappeler que la force militaire ne devait pas être confondue avec la puissance et que le volontarisme avait ses limites.

 

En revanche, Washington a donné une preuve éclatante de ses capacités militaires uniques. Quelle autre puissance aurait pu consentir un tel effort pendant vingt ans et même réussir l’exploit logistique d’un retrait en des délais extraordinairement contraints? Qui songerait à un affrontement conventionnel ouvert face à une telle armée? Le retrait d’Afghanistan est une blessure d’amour-propre qui devrait vacciner les Américains contre l’hyper-extension de leurs interventions et les pousser à concentrer leurs efforts, il ne change rien à leur puissance globale.

 

La situation en Syrie est complexe. La France y a manqué de prudence. Les rodomontades du président Hollande menaçant le régime syrien de frappes aériennes puis se rétractant devant le refus américain est un des pires fiascos de notre politique étrangère.

 

La France a voulu jouer aux grandes puissances dans une de ses anciennes sphères d’influence. Elle s’est vue ramenée cruellement au statut que lui confèrent ses moyens réels: on l’écoute au Mali parce que ses moyens d’action y sont sans équivalent, en Syrie, elle n’est pas un acteur de premier rang. Les autres nations européennes sont inexistantes sur le dossier. On notera la prudence américaine sur le dossier et la remarquable action des Russes qui ont dû s’insérer dans le jeu pour y défendre leurs intérêts.

 

De manière générale, un monde multipolaire est un monde de frictions. L’émergence de nouvelles puissances régionales provoque inéluctablement le déclin relatif des anciennes puissances hégémoniques, comme les Etats-Unis. A contrario, des marges de manœuvre pourraient s’ouvrir pour une puissance moyenne globale comme la France, à condition d’agir prudemment, en fonction de ses moyens. Il n’est rien de plus nuisible que d’afficher des prétentions que l’on n’a pas les moyens de soutenir.

 

9. Quelles sont les grandes différences de culture stratégique entre les trois grands (Russie, Chine, Etats-Unis)?

 

Avec la doctrine Gerasimov, du nom d’un de ses chefs d’état-major, la Russie dispose d’une doctrine d’action indirecte et d’utilisation des proxys dont l’efficacité a été démontrée en 2014 en Crimée. D’autre part, elle maintient son statut de grande puissance grâce à ses forces armées conventionnelles et nucléaires. La Russie n’a donc d’autre choix que de les mettre en scène lors de gigantesques exercices militaires, qui sont moins des provocations que le rappel et la mise en valeur du principal atout d’un Etat sur la défensive. Elle cherche d’ailleurs à faire de son complexe militaro-industriel le moteur de sa réindustrialisation.

 

Elle a également hérité de l’Union soviétique le principe de non-distinction entre la guerre et la paix. Ceci dit, Moscou a perdu son principal outil d’influence extérieur avec la chute du communisme.

 

Le modèle russe ne dispose plus de pôle d’attraction significatif sur les opinions publiques de ses rivaux. Un modèle peu attractif et un PIB inférieur à celui de la Corée du Sud limitent ses prétentions. En dehors de son environnement proche, ses moyens d’action sont relativement limités mais lui permettent néanmoins d’exploiter intelligemment les faiblesses ou la naïveté de ses rivaux, comme on peut le voir en Afrique.

 

La culture stratégique chinoise est essentiellement couverte. Elle a notamment assimilé la pensée stratégique de Mao, inscrite dans la constitution. Sa théorie des contradictions suppose une analyse discrète et minutieuse des forces et faiblesses de l’ennemi et notamment de ses points de tension internes, les «contradictions». Leur exploitation permet d’initier un processus de dislocation interne de la cible et met en place les conditions structurelles de la victoire. Le coup de boutoir final n’est que le couronnement de cette approche bien plus stratégique que tactique.

 

Consciente de l’atout que peut présenter sa masse, la Chine compte aussi sur la stratégie de la saturation. Pendant la guerre de Corée, elle a ainsi tenu en échec les Américains, au prix de pertes dix fois plus élevées. En mer de Chine, Pékin accumule et concentre aujourd’hui des moyens destinés à saturer les capacités qualitativement supérieures de Washington.

 

Le but est d’ailleurs sans doute moins de se mettre en situation de gagner un affrontement direct que de décourager les Américains de s’y risquer et, plus encore, de finir par convaincre les Taïwanais eux-mêmes de négocier un rattachement présenté comme inéluctable en raison de la bascule progressive des rapports de force. 

 

La Chine utilise également la coercition grise et les proxys pour avancer ses pions. Plus que la coercition, elle cherche à mettre en place des liens de dépendance structurelle.

 

S’il y a une chose à mettre au bénéfice de la présidence Trump, c’est d’avoir enfin compris que les objectifs de Pékin étaient «d’accroître la puissance globale de la Chine», selon les mots de Xi Jinping, et de l’avoir forcé à afficher ses ambitions prématurément. La Chine totalitaire est perçue comme une menace par ses voisins et une banque peu regardante par les nations en voie de développement. Il n’est pas certain qu’elle apparaisse véritablement comme un modèle.

 

La culture stratégique américaine est ambivalente. Elle est une culture de l’affrontement direct et du combat frontal. Guerres indiennes, guerre de Sécession, conflits mondiaux et interventions récentes illustrent une conception manichéenne de la guerre caractérisée par la criminalisation de l’ennemi. On ne négocie pas avec le mal, on l’éradique. D’où une grande difficulté à accepter des solutions de compromis, assimilées à des compromissions, et les mécomptes qui en découlent.

 

L’ Amérique a une capacité sans équivalent à mobiliser ses gigantesques ressources en cas de nécessité. Ses défaites expéditionnaires ne doivent pas faire oublier qu’à chaque fois que ses intérêts vitaux ont été en jeu, elle a fini par écraser ses rivaux.


Les Etats-Unis ont également développé des capacités d’action indirectes de soft power et d’influence qui vont bien au-delà de ce qu’on se représente communément en France. 

 

Le political warfare, défini en 1948 par Georges Kennan, consiste ainsi à agir insensiblement sur les structures sociales et cognitives de la cible. Le plus grand succès de cette approche offensive est l’américanisation en profondeur de l’Europe qui a conduit à sa stérilisation stratégique. La principale faiblesse de l’Amérique est aujourd’hui son extrême polarisation. Le rêve américain en pâtit sans doute mais aucun rêve européen, russe ou chinois n’est capable de le remplacer pour l’instant, et le pouvoir d’attraction américain demeure sans équivalent. La particularité de la culture stratégique américaine réside dans la combinaison du hard et du soft power, le «smart power».

 

10. Finalement la démocratie pacifiée peut-elle penser la guerre?

 

Une démocratie pacifiée a-t-elle un sens? Est-elle plus qu’un mot? Elle est consubstantielle au culte du progrès et à l’idée de liberté, deux idées très peu pacifiques.

 

La démocratie n’est pas la paix mais une forme consensuelle de régulation de la guerre sociale.

 

Elle repose sur la controverse, certes, mais aussi sur l’acceptation des différences au sein de sa propre communauté, grâce au sentiment que ce qui relie chacun à ses concitoyens est plus important que ce qui l’en sépare. C’est ce qui rend une défaite électorale acceptable. L’opposant politique n’est pas un ennemi ; ses propositions peuvent être combattues, elles n’en sont pas moins reconnues comme légitimes.

 

La démocratie ne peut enfin exister que dans une société ouverte dont le pivot est la liberté de penser. Sans le droit de débattre sans se sentir offensé, d’opposer la raison aux croyances, de confier l’avenir d’une communauté au suffrage de ses citoyens elle n’est qu’un mot. Or nous assistons à la multiplication des interdits moraux dans le débat public, à la dislocation des identités et à la subordination du pouvoir politique aux pouvoirs normatifs privés, publics ou supranationaux.

 

Notre société est-elle encore véritablement une société ouverte? Notre démocratie a-t-elle encore un sens? Une démocratie apaisée n’est-elle pas le synonyme d’une démocratie dévitalisée?

 

Leur dynamisme, leur créativité, leur cohésion interne et leur confiance en eux ont permis aux régimes démocrates de combattre et de vaincre toutes les formes d’organisations politiques autoritaires, totalitaires ou anarchistes rivales. Peut-être ne savons nous tout simplement plus penser la guerre parce que nous ne sommes plus réellement démocrates.

 

11. Le Brexit bouscule-t-il la sécurité de l’Europe? Quel type d’alliance avec l’Allemagne? L’Aukus: une nouvelle alliance qui laisse de côté l’Union?

 

L’Union Européenne n’existe ni en termes géopolitiques, ni en termes militaires. A ce titre, le Brexit est un facteur neutre. Les deux seules puissances militaires européenne crédibles, la France et le Royaume-Uni, demeurent liées par les accords bilatéraux de Lancaster, signés en 2010. Le coup de froid actuel sur les relations entre Londres et Paris ne change structurellement rien à cette réalité.

 

L’AUKUS marque certes un rapprochement entre les nations anglo-saxonnes, mais est-ce une nouveauté ou une surprise? Cette alliance laisse évidemment de côté l’UE, que personne ne prend au sérieux dans le domaine de la sécurité - qui est aussi celui de la realpolitik. Le seul succès européen est celui de l’engagement des forces spéciales de plusieurs de ses membres dans le cadre de l’opération Takuba au Mali. Seulement, il ne s’agit pas tant d’une opération européenne que d’une opération limitée entre nations européennes que la France a voulu placer sous la bannière de l’UE.

 

Au grand dam de Paris, qui souhaiterait en faire son partenaire privilégié pour affirmer l’autonomie stratégique de l’Europe, l’Allemagne est un non-acteur en termes de sécurité. Pire encore, Berlin n’a jamais réussi à compter parmi les puissances responsables contribuant à la stabilité internationale. Elle est passée d’un idéal militariste à un idéal pacifiste, aussi déconnectés l’un de l’autre de la réalité des rapports de force.

 

D’autre part, l’Allemagne n’a jamais su sacrifier ses intérêts immédiats au maintien de l’équilibre international ou à une vision stratégique à long terme. On le voit aujourd’hui sur le plan économique.

 

Il est difficile de changer la culture stratégique d’un pays. Pourtant, à côté de la Chine, du bloc anglo-saxon et des géants émergents que sont l’Inde ou le Brésil, la seule chance pour les nations d’Europe continentale est d’unir leurs forces autour de Paris et Berlin. Les Allemands sauront-ils le comprendre à temps? Si ce n’est pas le cas, au lieu de le leur reprocher, peut-être les Français devraient-ils changer leur manière de présenter leur projet pour le rendre désirable ou acceptable à leurs voisins, c’est-à-dire d’utiliser leur capacités d’influence pour faire évoluer leurs perceptions.

 

12. «Penser la guerre», n’est-ce pas réintroduire une dimension de souveraineté et donc remettre en question au moins en partie le tout-libéral? Le débat sur la souveraineté dans un monde d’interdépendance n’est-il «un serpent de mer» à chaque élection?

 

La souveraineté est la capacité d’un groupe à concevoir et poursuivre ses intérêts stratégiques propres. C’est-à-dire à penser la guerre. Un peuple qui n’est capable ni de la penser, ni de la conduire, accepte le protectorat d’une autre puissance.

 

Les interdépendances croisées ne remettent aucunement en cause la notion de souveraineté. Seulement, elles entrent dans une vision stratégique afin de ne consentir que des dépendances superficielles.

 

Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde etc... cherchent tous à réduire leurs dépendances critiques. Même l’Europe semble enfin prendre en compte cet enjeu crucial.

 

Certaines dépendances hypothèquent l’avenir. D’autres, au contraire, procurent des marges de manœuvre en libérant des forces dans des domaines essentiels. Le jeu consiste à s’assurer de la plus large liberté de mouvement possible tout en entravant ses rivaux.

 

Si les échanges internationaux ont encore de beaux jours devant eux, le libéralisme est mort. Le développement des échanges économiques n’a pas mis fin à la guerre comme il le proclamait, au contraire. Les pays cherchent désormais à accroître leur puissance par l’économie qui est l’objet de compétitions, de contestations et d’affrontements.

 

D’autre part le postulat selon lequel le développement de l’économie conduisait à la démocratie s’est révélé faux. La Chine totalitaire est sur le point de devenir la première puissance économique mondiale tandis que les îles du Cap-Vert, dont 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, connaissent l’alternance démocratique d’une démocratie représentative.

 

Attention cependant à la notion de souveraineté, ce mot-valise dont on se demande parfois ce qu’il renferme. Si c’est un refuge pour refuser les inéluctables bouleversements du monde ou l’autre mot de la nostalgie des temps qui ne reviendront plus, elle est une illusion dangereuse. La souveraineté sans la puissance n’est qu’un repli frileux.

 

13. Le projet de défense européenne et/ou la boussole stratégique, peuvent-ils se concrétiser et permettre de desserrer la prise en étau de l’Union?

 

Tout dépend par ce qu’on entend par la défense européenne. Une armée européenne unifiée est une chimère à laquelle, heureusement, plus grand-monde ne croit. Même l’idée de créer une capacité européenne autonome de déploiement rapide a peu de chance de passer de la théorie à la pratique. Il est peu probable qu’un «corps européen», entravé par les différences en termes d’équipements, d’approches opérationnelles et de restrictions nationales (les CAVEAT) puisse jamais faire beaucoup mieux que de distribuer des packs d’eau dans un cadre humanitaire.

 

L’efficacité ou l’utilité de la boussole européenne ne doivent pas être surestimées mais les déclarations de M. Josep Borell appelant l’Union à passer au hard power révèlent un changement de mentalité dont on ne peut que se réjouir.

Surtout, certaines initiatives concrètent peuvent servir de catalyseur de puissance pour les nations qui composent l’Union.

 

Le concept de “présence maritime coordonnée européenne” permet ainsi de pallier les formats contraints des marines européennes et d’assurer une présence permanente dans des zones d’intérêt maritimes définie par le Conseil de l’Union. Menée avec succès dans le Golfe de Guinée, l’expérience pourrait se renouveler dans la zone indo-pacifique.

 

Sur le plan militaro-industriel, la Coopération Permanente Structurée (PESCO) facilite la coordination entre nations volontaires autour de certains projets Défense.

 

Cette approche par mutualisations différenciées, à la fois réaliste et efficiente, est le meilleur moyen de construire l’Europe de la Défense en pérennisant ses structures technologiques et en d’optimisant les ressources insuffisantes de ses forces armées.

 

La Défense européenne ne se développera cependant que si les Européens parviennent à résoudre le problème de leur désarmement moral, lié à une véritable mentalité insulaire.

 

Ils se croient isolés des problèmes du monde et n’ont à ce jour ni la volonté, ni la résilience nécessaire pour faire face aux périls qui montent. L’Union ne pourra desserrer l’étau que vous évoquez qu’en retrouvant les bases de ce que l’amiral Castex nommait le «moral stratégique».

 

14. Populisme intérieur, menaces et arrogance des régimes autoritaires etc... Pourquoi nos sociétés libres et riches ne portent-elles plus le fer de lance de la modernité?

 

Peut-être la réponse figure-t-elle dans la question. Nos sociétés «libres et riches» ont tout. Elles estiment plus ou moins consciemment qu’elles ont désormais plus à perdre qu’à gagner de l’évolution du monde. Elles n’aspirent pas à améliorer leur situation mais à la geler pour préserver leurs avantages acquis. En perdant confiance en elles et en l’avenir, elles ont renoncé à la capacité de porter la modernité.

 

Tout changement est une rupture de l’ordre et des équilibres établis, c’est-à-dire une forme de contrainte et de guerre sociale. Or, la modernité s’est constituée sur la valorisation du changement en tant que tel. Dès lors qu’une société le refuse, elle se condamne à être distancée, dépassée.

 

L’Europe a engendré les grande Révolutions religieuses, industrielles, intellectuelles ou sociales depuis le XVIe siècle. Elle avait toujours un temps d’avance sur ses rivaux puisqu’elle provoquait elle-même les changements qui les plaçaient en déséquilibre et en réaction.

 

Cette époque est révolue. Quelques changements sociétaux ne changent rien au fait que les nations européennes sont devenues conservatrices. Elles subissent désormais l’initiative d’acteurs plus dynamiques, audacieux et agressifs. Elles ne dirigent plus le courant du progrès mais le subissent.

 

La plupart des populismes de droite ou de gauche partagent la même peur d’un monde qui change, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils sont incapables de dominer. Ils sont révélateurs d’une crise de conscience particulièrement grave et, quelque part, de la perte de l’esprit révolutionnaire au profit d’une nostalgie sans retour ou d’un nihilisme désespéré.

 

15. En définitive, les hommes font-ils l’histoire ou bien est-ce l’inverse?

 

L’homme est un animal historique, c’est-à-dire un être social projeté dans le temps. Les influences reçues et exercées dépassent les bornes de l’individu éphémère. Elle se mêlent et s’entrecroisent inégalement.

 

Les hommes font l’histoire lorsqu’ils en comprennent les ressorts et les dominent. S’ils se contentent de poursuivre leurs rêves et leurs croyances, ils deviennent les esclaves de forces qui les dépassent. Ils se soumettent sans le savoir à la fatalité, et se contentent d’occuper l’espace au lieu d’entrer dans l’histoire en la forgeant.

 

Toutes les générations connaissent la même alternative: agir ou subir.


Raphaël Chauvancy, le 22 décembre 2021

 

https://geopoweb.fr/?LA-MONDIALISATION-A-ENGENDRE-UNE-CONFLICTUALITE-PERMANENTE-Par-Raphael 



E ainda em edição de Dezembro 2021 da 'Diplomatie':
 



Putin Esclarece Uso de Armas Nucleares


A doutrina nuclear de Moscovo durante a "guerra fria" era conhecida: o fogo nuclear abriria as hostilidades... 

Após a implosão da URSS, iniciou-se um tempo de ambiguidades e a doutrina nuclear de Moscovo ganhou contornos indefinidos. 

Putin veio, recentemente, explicar o seu pensamento sobre a matéria. E o que diz não é leve nem leviano. Em palavras simples, é muito pesado e consistente:

Vladimir Poutine sur l’apocalypse nucléaire: 

"Ce serait une catastrophe, mais comme citoyen russe et comme chef d’État, je me pose la question: à quoi bon pour nous un monde dans lequel il n’y aurait pas la Russie?"

https://www.lepoint.fr/monde/le-propagandiste-en-chef-de-vladimir-poutine-04-01-2022-2459141_24.php

terça-feira, 14 de dezembro de 2021

Perceber a Situação no Mediterrâneo

José Mateus 

"Naufrágio do Mediterrâneo: Como e por que perdemos o Mare Nostrum", da bravissima Michela Mercuri, docente de Geopolítica e investigadora no Osservatorio sul Fondamentalismo religioso e sul Terrorismo. 

Altamente recomendável para quem quiser perceber, de um esclarecido ponto de vista italiano, a actual circunstância estratégica do Mediterrâneo e suas margens... 

"In tutte le librerie e ordinabile on line "Naufragio Mediterraneo. Come e perché abbiamo perso il mare nostrum". Scritto da me e dal bravissimo Paolo Quercia . Se vi interessa il tema compratelo (se volete) e postate una foto col libro la pubblicherò volentieri... Che siate al mare, in città o in montagna...facciamolo viaggiare un po'

Bravo, Michela!

sábado, 11 de dezembro de 2021

Corrupção nas mais altas instâncias da União Europeia. Nem os juízes se salvam!

Corrupção e tráfico de influência imperam nas mais altas esferas da União Europeia. E nem os juízes se salvam! A recente condenação de um membro do Tribunal de Contas europeu Karel Pinxten, por ter desviado, pelo menos, 500 mil euros, levou o ‘Libération’ a investigar… 

Os resultados já conseguidos pela investigação ameaçam fazer evaporar o que possa restar de credibilidade e boa reputação à “Europa”: “Cour de justice, Office de lutte antifraud, Commission... Libération a mis au jour un véritable système de conflits d’intérêts et de trafic d’influence qui étend ses ramifications non seulement à la Commission, mais aussi à la CJUE, le temple du droit européen, qui implique pour l’essentiel des membres du PPE (Parti populaire européen), la maison mère des partis conservateurs européens. C’est un «Etat PPE» qui a fait son nid au cœur de l’Union européenne pour le plus grand profit de ses membres.”

O 'Libération' exige uma "enorme vassourada" nas instâncias dirigentes da União Europeia, para "restaurar a transparência e a confiança dos cidadãos".


Conflits d’intérêts et trafics d’influence au sommet de l’UE: des juges et commissaires à l’éthique en toc

par Jean Quatremer, correspondant européen | Libération | 1er décembre 2021

Le président de la Cour de justice de l'UE, Koen Lenaerts, est un proche de Karel Pinxten, condamné par la CJUE en septembre. (Francois Lenoir/Reuters)

La condamnation de Karel Pinxten, membre belge de la Cour des comptes européenne (CCE) entre 2006 et 2018, par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), le 30 septembre, pour avoir notamment détourné 500 000 euros selon l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), a montré que la fraude pouvait même toucher une institution censée être composée d’incorruptibles.

Le drame est que cette affaire n’est que la partie émergée d’un iceberg: c’est ce que démontre l’enquête de Libération sur la Cour des comptes européenne, publiée ce 26 novembre.

Pire, en tirant le fil de l’affaire Pinxten, Libération a mis au jour un véritable système de conflits d’intérêts et de trafic d’influence qui étend ses ramifications non seulement à la Commission, mais aussi à la CJUE, le temple du droit européen, qui implique pour l’essentiel des membres du PPE (Parti populaire européen), la maison mère des partis conservateurs européens.

C’est un «Etat PPE» qui a fait son nid au cœur de l’Union européenne pour le plus grand profit de ses membres.

Editorial

Scandale dans les hautes sphères de l’UE: donner un gros coup de balai

Il est urgent de nettoyer les institutions européennes pour restaurer leur transparence et la confiance des citoyens.

par Alexandra Schwartzbrod | publié le 1er décembre 2021 à 20h35


Ces révélations témoignent de pratiques malhonnêtes et indignes qui fragilisent une construction, l’Union européenne, déjà mise à rude épreuve. (Peter Adams/Getty Images)

Les révélations de l’enquête, dont nous publions aujourd’hui le deuxième volet, sont gravissimes. Car elles témoignent de pratiques malhonnêtes et indignes qui fragilisent une construction, l’Union européenne (UE), qui a déjà bien du mal à résister aux vents mauvais du souverainisme. On sait depuis longtemps que le pouvoir et l’argent rendent fous, leur attrait fait souvent sauter nombre de barrières éthiques ou morales. Mais qu’ils pervertissent ceux-là mêmes qui sont chargés de contrôler leur bon usage pour le bien des centaines de millions d’habitants de l’UE, voilà un vrai scandale non pas d’Etat mais d’Etats!

La Cour des comptes européenne (CCE) est «la conscience financière de l’UE», comme la qualifie notre correspondant européen. A ce titre, elle se doit d’être irréprochable et surtout incorruptible. 

Or, Libération démontrait la semaine dernière qu’il n’en était rien, certains de ses membres et jusqu’à son président abusant de primes de logement exorbitantes pour domiciles fictifs, notes de frais non contrôlées, missions non vérifiées, etc.

Nous révélons aujourd’hui la suite presque logique de ces malversations, l’existence d’un vaste système de conflits d’intérêts et de trafic d’influence mêlant lobbyistes et membres de la Commission ou de la Cour de justice.

Et, au cœur de ces trafics, qui retrouve-t-on? Pour l’essentiel des membres du PPE, le Parti populaire européen qui rassemble les partis conservateurs de l’UE et qui est contrôlé par les chrétiens-démocrates allemands.

Le drame, c’est que ces scandales apportent du grain à moudre à tous les eurosceptiques au moment même où l’Europe apparaît comme le seul rempart contre la montée des populistes et des nationalistes et peut-être même contre la possibilité d’une nouvelle guerre sur son sol ou à ses abords. Si le rêve européen a encore un sens, et il n’y a pas d’alternative, il est urgent de donner un gros coup de balai dans ces couloirs saumâtres.

   Commission européenne

 

Conclusões e Clima da Conferência Económica do PC Chinês

A Conferência Central de Trabalho Económico, reunião anual que define a agenda económica e financeira da China, para o ano seguinte, decorreu em Pequim desde quarta-feira até hoje, sexta-feira. A versão dos trabalhos, clima e conclusões da Conferência de uma das nossas fontes bem informadas é bastante diferente da apresentada pelo "press release" em inglês divulgado pela agência oficial do regime comunista chinês...
O canal em inglês da agência oficial de Pequim dá a versão oficial do acontecimento: "The annual Central Economic Work Conference was held in Beijing from Wednesday to Friday as Chinese leaders mapped out priorities for the economic work in 2022. In a speech at the conference, Xi Jinping, general secretary of the Communist Party of China (CPC) Central Committee, Chinese president and chairman of the Central Military Commission, reviewed the country's economic work in 2021, analyzed the current economic situation and arranged next year's economic work. (...) The meeting stressed the necessity to adhere to the centralized, unified leadership of the CPC Central Committee, promote high-quality development and pursue progress while ensuring stability.

It highlighted the timing, extent and efficiency of policy adjustments and reform to ensure their steady advancement, as well as coordination and systems thinking.

Actions should be taken to safeguard macroeconomic stability, keep major economic indicators within an appropriate range and maintain social stability to prepare for the Party's 20th National Congress, the meeting said.

Economic work next year should prioritize stability while pursuing progress, it noted, calling on all regions and departments to assume responsibility for stabilizing the macroeconomy, and all sides to take the initiative and launch policies conducive to economic stability."



Uma fonte do "intelNomics" teve acesso às conclusões, em chinês, da Conferência e dá uma versão bem diferente do "press release" em inglês que citámos acima. Assim:

"Some of the things that stood out:

“China's economic development is facing three pressures: demand contraction, supply shock and weakening expectations;

“We should correctly understand and grasp the characteristics and behavior rules of capital.” The term “prevent disorderly expansion of capital 防止资本无序生长” does not appear, but “prevent the barbaric growth of capital 防止资本野蛮生长” does, and that sounds harsher. “Traffic lights 红绿灯” for capital are coming, whatever that means, but if I am a capitalist in China I am not thinking it is positive. I see some are translating “资本野蛮生长" as “wild growth of capital”. I guess that sounds better in English but I do not think it sounds good in Chinese;

The will continue to implement a “proactive fiscal policy and a prudent monetary policy;

Some infrastructure investment will be accelerated;

Language about strengthening anti-monopoly work and and fighting unfair competition is in here, a bit different than what was in the 2020 readout, some may see that as a positive change, especially for “platform companies”, but I am not sure it is;

The phrase “houses are for living in, not for speculation 房子是用来住的、不是用来炒” appears;

There is a long section on Common Prosperity;

There is a long section about thrift/conservation

Stability is a big theme - Key meeting aims to stabilize Chinese economy next year with proactive policies amid ‘triple pressure’ - Global Times:

The meeting prioritized stability [稳], a word that was mentioned 25 times according to the Global Times' calculation, for 2022, vowing to improve people's livelihood, stabilize  the macro economy, and maintain social stability.

What else should we pay attention to?

Here is the Xinhua readout of the meeting - 中央经济工作会议在北京举行 习近平李克强作重要讲话栗战书汪洋王沪宁赵乐际韩正出席会议-新华网 and some longer excerpts:

The meeting pointed out that while fully affirming the achievements, we must see that China's economic development is facing three pressures: demand contraction, supply shock and weakening expectations. Under the impact of the epochal pandemic, the accelerating changes unseen in a hundred years the external environment has become more complicated, severe and uncertain. We should not only face up to difficulties, but also strengthen our confidence. China's economy is highly resilient and its long-term positive fundamentals will not change. No matter how the international landscape may change, we must unswervingly run our own affairs well, continue to strengthen the economic foundation, enhance our capacity for scientific and technological innovation, adhere to multilateralism, take the initiative to uphold high-standard international economic and trade rules, promote in-depth reform and high-quality development through high-standard opening-up…

会议指出,在充分肯定成绩的同时,必须看到我国经济发展面临需求收缩、供给冲击、预期转弱三重压力。世纪疫情冲击下,百年变局加速演进,外部环境更趋复杂严峻和不确定。我们既要正视困难,又要坚定信心。我国经济韧性强,长期向好的基本面不会改变。无论国际风云如何变幻,我们都要坚定不移做好自己的事情,不断做强经济基础,增强科技创新能力,坚持多边主义,主动对标高标准国际经贸规则,以高水平开放促进深层次改革、推动高质量发展…

First, macroeconomic policies should be sound and effective. We should continue to implement a proactive fiscal policy and a prudent monetary policy. Active fiscal policy should improve efficiency and pay more attention to accuracy and sustainability. It is necessary to ensure the intensity of fiscal expenditure and accelerate the progress of expenditure. We will implement the new tax reduction and fee reduction policy, strengthen support for small and medium-sized enterprises, individual industrial and commercial households, manufacturing industry, risk mitigation, etc., and carry out infrastructure investment moderately ahead of schedule. Party and government organs should insist on living a tight life. Serious financial discipline. Resolutely curb new implicit debts of local governments. A prudent monetary policy should be flexible and moderate, and keep liquidity reasonable and abundant. Guide financial institutions to increase support for the real economy, especially small and micro enterprises, technological innovation and green development. Fiscal policy and monetary policy should be coordinated, and cross-cyclical and counter-cyclical macro-control policies should be organically combined. We will implement the strategy of expanding domestic demand and enhance the endogenous power of development.

一是宏观政策要稳健有效。要继续实施积极的财政政策和稳健的货币政策。积极的财政政策要提升效能,更加注重精准、可持续。要保证财政支出强度,加快支出进度。实施新的减税降费政策,强化对中小微企业、个体工商户、制造业、风险化解等的支持力度,适度超前开展基础设施投资。党政机关要坚持过紧日子。严肃财经纪律。坚决遏制新增地方政府隐性债务。稳健的货币政策要灵活适度,保持流动性合理充裕。引导金融机构加大对实体经济特别是小微企业、科技创新、绿色发展的支持。财政政策和货币政策要协调联动,跨周期和逆周期宏观调控政策要有机结合。实施好扩大内需战略,增强发展内生动力。。。。

It is necessary to boost the confidence of market players, further promote the implementation of fair competition policy, strengthen anti-monopoly and anti-unfair competition, and ensure fair competition through fair supervision.

要提振市场主体信心,深入推进公平竞争政策实施,加强反垄断和反不正当竞争,以公正监管保障公平竞争

We should adhere to the positioning that houses are for living in, not for speculation, strengthen the expected guidance, explore new development models, insist on both renting and purchasing, speed up the development of long-term rental market, promote the construction of affordable housing, support the commercial housing market to better meet the reasonable housing needs of buyers, and promote the virtuous circle and healthy development of the real estate industry due to urban policies.

要坚持房子是用来住的、不是用来炒的定位,加强预期引导,探索新的发展模式,坚持租购并举,加快发展长租房市场,推进保障性住房建设,支持商品房市场更好满足购房者的合理住房需求,因城施策促进房地产业良性循环和健康发展。

We should correctly understand and grasp the characteristics and behavior rules of capital. The socialist market economy is a great creation, and there will inevitably be various forms of capital in the socialist market economy. We should give full play to the positive role of capital as a factor of production while effectively controlling its negative role. It is necessary to set up "traffic lights" for capital, strengthen effective supervision of capital according to law, and prevent the barbaric growth of capital. We should support and guide the standardized and healthy development of capital, adhere to and improve the socialist basic economic system, unswervingly consolidate and develop the public sector of the economy, and unswervingly encourage, support and guide the development of the non-public sector of the economy.

要正确认识和把握资本的特性和行为规律。社会主义市场经济是一个伟大创造,社会主义市场经济中必然会有各种形态的资本,要发挥资本作为生产要素的积极作用,同时有效控制其消极作用。要为资本设置“红绿灯”,依法加强对资本的有效监管,防止资本野蛮生长。要支持和引导资本规范健康发展,坚持和完善社会主义基本经济制度,毫不动摇巩固和发展公有制经济,毫不动摇鼓励、支持、引导非公有制经济发展…

We should correctly understand and grasp the strategic objectives and practical ways to achieve common prosperity. Under China's socialist system, it is necessary to constantly liberate and develop social productive forces, create and accumulate social wealth, and prevent polarization. To achieve the goal of common prosperity, we must first make the "cake" bigger and better through the common efforts of the people of the whole country, and then cut and divide the "cake" well through reasonable institutional arrangements. This is a long-term historical process, and we should steadily move towards this goal. It is necessary to strengthen the employment priority orientation in promoting high-quality development and improve the employment driving force of economic growth. We should give full play to the function and role of distribution, adhere to the principle of distribution according to work, improve the policy of distribution according to factors, and increase the adjustment of taxation, social security and transfer payment. Support willing and capable enterprises and social groups to actively participate in charity. We must persist in doing our best, do what we can, improve the public service policy system, and provide basic public services accurately in areas that people are most concerned about, such as education, medical care, old-age care and housing.

要正确认识和把握实现共同富裕的战略目标和实践途径。在我国社会主义制度下,既要不断解放和发展社会生产力,不断创造和积累社会财富,又要防止两极分化。实现共同富裕目标,首先要通过全国人民共同奋斗把“蛋糕”做大做好,然后通过合理的制度安排把“蛋糕”切好分好。这是一个长期的历史过程,要稳步朝着这个目标迈进。要在推动高质量发展中强化就业优先导向,提高经济增长的就业带动力。要发挥分配的功能和作用,坚持按劳分配为主体,完善按要素分配政策,加大税收、社保、转移支付等的调节力度。支持有意愿有能力的企业和社会群体积极参与公益慈善事业。要坚持尽力而为、量力而行,完善公共服务政策制度体系,在教育、医疗、养老、住房等人民群众最关心的领域精准提供基本公共服务。..

We should correctly understand and grasp the supply guarantee of primary products. We should persist in giving priority to saving and implement the overall saving strategy. In the field of production, promote comprehensive conservation, intensive and recycling of resources. In the field of consumption, we should enhance the awareness of national economy and advocate a simple, moderate, green and low-carbon lifestyle. It is necessary to strengthen the domestic resources production support capacity, accelerate the development and application of advanced exploitation technologies for resources such as oil and gas, and accelerate the construction of waste recycling system. It is necessary to put the improvement of comprehensive agricultural production capacity in a more prominent position, continuously promote the construction of high-standard farmland, thoroughly implement the action of revitalizing the seed industry, improve the level of agricultural machinery and equipment, and ensure the reasonable income of grain farmers. Chinese people's rice bowls should be firmly in their own hands at all times.

要正确认识和把握初级产品供给保障。要坚持节约优先,实施全面节约战略。在生产领域,推进资源全面节约、集约、循环利用。在消费领域,增强全民节约意识,倡导简约适度、绿色低碳的生活方式。要增强国内资源生产保障能力,加快油气等资源先进开采技术开发应用,加快构建废弃物循环利用体系。要把提高农业综合生产能力放在更加突出的位置,持续推进高标准农田建设,深入实施种业振兴行动,提高农机装备水平,保障种粮农民合理收益,中国人的饭碗任何时候都要牢牢端在自己手中。

The readout of the August 30 meeting of the central committee for deepening overall reform used the following language about “barbaric growth” and “disorderly expansion of capital”. From the August 30 Sinocism:

In view of the outstanding problems such as barbaric growth and disorderly expansion of some platform enterprises, we strengthened anti-monopoly supervision, investigated and dealt with the monopolistic and unfair competition behaviors of relevant platform enterprises according to law, prevented the disorderly expansion of capital and achieved initial results, and the market fair competition order steadily improved.

针对一些平台企业存在野蛮生长、无序扩张等突出问题,我们加大反垄断监管力度,依法查处有关平台企业垄断和不正当竞争行为,防止资本无序扩张初见成效,市场公平竞争秩序稳步向好。

So is this where the term “prevent the barbaric growth of capital” comes from?

There are increasing reports of layoffs in the tech sector. The monopoly and unfair competition crackdowns have raised costs for lots of companies while reducing revenue growth opportunities, at least in the short-term. Have these policies been well thought through?

It is worth paying attention to reports of salary reduction for cadres and civil servants in certain local governments. It does not appear to be a central government policy, but it may spread, and this year’s CEWC readout includes the same language that was in the 2020 readout “Party and government bodies must tighten their belts 党政机关要坚持过紧日子“。 How will that be for cadre morale? I think it will be very popular among the masses.

And when it comes to technology, the CEWC readout also included this about technology:

Fourth, the science and technology policy should be solidly implemented. It is necessary to implement a three-year action plan for the reform of the science and technology system and formulate a ten-year plan for the implementation of basic research. Strengthen the national strategic scientific and technological strength, give full play to the role of national laboratories, reorganize national key laboratories and promote the reform of scientific research institutes. Strengthen the main position of enterprise innovation and deepen the combination of Industry-University-Research. Optimize the ecology of scientific and technological innovation and form a solid scientific research style. Continue international scientific and technological cooperation.

四是科技政策要扎实落地。要实施科技体制改革三年行动方案,制定实施基础研究十年规划。强化国家战略科技力量,发挥好国家实验室作用,重组全国重点实验室,推进科研院所改革。强化企业创新主体地位,深化产学研结合。完善优化科技创新生态,形成扎实的科研作风。继续开展国际科技合作。

Today’s People’s Daily has a long piece by Han Wenxiu, Executive Deputy Director of the General Office of the Central Financial and Economic Affairs Commission, on building he new development pattern 加快构建新发展格局, in which he talks about the importance of technology:

Correctly handle the relationship between self-reliance and open cooperation. Science and technology innovation is the basic element to support national modernization. Experience shows that if the late-developing countries don't want to be stuck in the low-end of the industrial chain value chain and stagnate, they must firmly promote the self-reliance and self-improvement of science and technology, and enhance the self-control ability of the industrial chain supply chain. At the same time, self-reliance is by no means a return to traditional self-sufficiency, nor does it mean doing everything by yourself. We should always adhere to the basic national policy of opening to the outside world, actively participate in international division of labor and cooperation, and actively embed into the global value chain innovation chain in combination with our own advantages, so as to form a pattern of interconnected interests...

正确处理自立自强与开放合作的关系。科技创新是支撑国家现代化的基础要件。历史经验表明,后发国家如果不想被卡在产业链价值链的中低端而停滞不前,就必须坚定推进科技自立自强,增强产业链供应链自主可控能力。同时,自立自强决不是回到传统的自给自足,决不意味着什么都自己干。要始终坚持对外开放的基本国策,主动参与国际分工合作,结合自身优势积极嵌入全球价值链创新链,形成你中有我、我中有你的利益格局…

Promote self-reliance in science and technology. Give full play to the advantages of the new national system under the socialist market economy, strengthen the national strategic scientific and technological strength, gather superior resources, and focus on solving major problems that restrict national development and security. Improve the system and mechanism of scientific and technological innovation, promote the reform of the management and evaluation system of scientific research projects, vigorously and orderly promote the system and mechanism of tackling key innovation problems, such as "exposing the list and making them the priority 揭榜挂帅", clarify the road map, timetable and responsibility system, and continuously make new breakthroughs in key core technologies. Give full play to the main role of enterprise technological innovation, strengthen the connection between innovation chain and industrial chain, improve the financial support innovation system, and greatly improve the transformation effect of scientific research achievements. Adhere to open cooperation, attract global high-quality scientific and technological innovation resources, build a big stage for global scientific and technological open cooperation, and speed up the construction of important talent centers and innovative highlands in the world.

推进科技自立自强。发挥社会主义市场经济条件下新型举国体制优势,强化国家战略科技力量,集合优势资源,着力解决制约国家发展和安全的重大难题。完善科技创新体制机制,推进科研项目管理和评价制度改革,有力有序推进创新攻关“揭榜挂帅”等体制机制,明确路线图、时间表、责任制,在关键核心技术上不断取得新突破。发挥企业技术创新主体作用,加强创新链和产业链对接,完善金融支持创新体系,大幅提高科研成果转化成效。坚持开放合作,吸引全球优质科技创新资源,搭建全球科技开放合作大舞台,加快建设世界重要人才中心和创新高地。"

Esta nossa fonte conclui com a interrogação de todos os biliões:

"There is no turning back from the PRC’s efforts to end reliance on core US technology. Should US firms maximize their revenue while selling everything they can until the PRC can replace them, or should the US government step in with more export restrictions to make the PRC’s transition to technological self-reliance harder?"

Bill Bishop, Sinocism, Dec 10, 2021

quinta-feira, 9 de dezembro de 2021

Alain Bauer: A nova arte da guerra económica

A guerra económica é uma guerra como as outras e não apenas um outro modo de fazer a guerra, um modo em que o Direito é "arma de guerra", explica Alain Bauer, criminologista, professor de universidades francesas, americanas e chinesas, consultor de primeiros-ministros, de presidentes e de, entre outras entidades, da polícia de Nova Iorque (desde 12 de Setembro de 2001...) e velho amigo da equipa “intelNomics”.

Un nouvel art de la guerre économique

Par Alain Bauer | N°755 Mai 2020

La guerre économique est une guerre comme les autres, pas seulement un autre moyen de faire la guerre. Et toute guerre nécessite de ne pas compter uniquement sur ses capacités offensives. Il faut donc savoir intelligemment construire ses outils de défense, d’information, de renseignement. Et souvent se rappeler: “Tout l’art de la guerre repose sur la duperie” disait Sun Tzu.


Lawfare, deferred prosecution, dollarfare, backdoors, ITAR (International Traffic in Arms Regulations), compétence universelle, espionnage et concurrence: quelles sont les nouvelles armes de la guerre économique?

À quoi sert une guerre sans pillage, rançon, occupation ? Au-delà du plaisir savoureux de la victoire, il existe le plus souvent un back office comptable dans la conduite des opérations belliqueuses. Depuis toujours, les objectifs militaires sont rarement dénués d’arrière-pensées. La conquête s’accompagne certes de destructions, mais surtout de vols, d’impôts, d’esclavage…

Ce n’est que tardivement que les États ont appris à faire la guerre par d’autres moyens. Espionnage, chantage et manipulation sont devenus des armes très puissantes. Et les réseaux sociaux ont accéléré et enraciné en direct le concept de la vérité alternative (en réalité un mensonge plus ou moins crédible) afin de manipuler les individus (surtout les plus crédules, mais pas seulement).

REPÈRES

Selon le cabinet Keefe, Bruyette & Woods, cité par Le Monde le 2 février 2019, les banques se sont vu infliger 243 milliards de dollars d’amendes par le DoJ américain de 2009 à 2017: les trois premières sont américaines, la quatrième, Deutsche Bank. BNP n’arrive qu’en douzième position.

Des concepts anciens

États, entreprises, criminels utilisent une gamme d’outils dont la technologie s’est beaucoup améliorée, mais dont les concepts datent de l’Antiquité et la modernisation du xviie siècle. Les États-Unis semblent avoir beaucoup appris d’Hugo Grotius qui a inventé en 1609 une stratégie qui va forcer le Portugal à ouvrir l’océan Indien aux Pays-Bas. Sans guerre, sans armes, sans canons. Par un simple traité donnant au droit la puissance des effets d’un bombardement massif.

En gérant ensemble la guerre et le droit, la guerre par le droit, le major général Charles Dunlap avait fixé dans les années 80, après les professeurs Carlson et Yeomans, une nouvelle arme américaine, à usage de champ de bataille, qui intègre de très nombreux outils juridiques d’une puissance insoupçonnée, souvent ignorée, parfois méprisée.

Le droit peut aussi faire la guerre

Si l’on a souvent pensé le droit comme l’art de réguler la guerre, de fixer des limites, d’en encadrer, autant que faire se peut, les effets, on avait oublié que le droit pouvait aussi faire la guerre. Parfois être lui-même le terrain de la guerre.

On trouve dans cet arsenal des éléments de contrôle des exportations (ITAR) qui commencent à la première vis ou au premier écrou fabriqués aux États-Unis ou sous licence américaine (devant respecter les normes Otan) et qui pourraient avoir un usage militaire, le contrôle de l’usage des dollars américains, le respect des embargos américains pour toute entreprise et parfois un État souhaitant commercer ou dialoguer avec les USA, le respect des obligations CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States) pour tout investissement aux États-Unis ou accès à des espaces de R&D américains. Et si par hasard tout cela ne suffisait pas, le contrôle des données ou des communications par les Gafam ou la NSA suffirait à combler d’éventuelles défaillances.

Espionnage et prise d’otages en première ligne

D’autres avaient développé, sous des formes plus artisanales, les mêmes dispositions. L’Union soviétique certes, la Chine sans doute, mais bien d’autres États espionnent depuis toujours. Louis XI et son Universelle Aragne interceptait les correspondances ou les falsifiaient. Grand roi d’un petit État, il sauva la France qui absorbera la Bourgogne plutôt que l’inverse. Il ne le fit pas grâce à la (très relative) puissance de son armée. L’ordre du Temple fut autant vaincu par le système judiciaire que par la troupe de Philippe le Bel. Et sa destruction fut un objectif bien plus financier que politique.

Qu’il s’agisse du vol de brevets militaires (canon de 75 ou revêtements stealth), civils (plans du supersonique Concorde ou commandes de vols numériques) ou de nouvelles technologies (5 G ou quantique), on investit presque autant dans le renseignement (on l’appelle veille parfois, intelligence souvent…) que dans la R & D elle-même. Comme si le dopage devenait une norme naturelle dans le sport comme dans l’économie, l’important n’étant pas de rester propre mais de ne pas se faire prendre.

La prise d’otages est même redevenue à la mode. Au nom de la lutte anticorruption, quoi de plus simple que d’interpeller un ressortissant étranger sur son territoire ou celui d’un pays ami, pour ensuite l’interroger longuement en utilisant une interprétation flexible des règles de droit, et obtenir des informations qui permettent de poursuivre, de condamner, d’imposer des sanctions économiques ou financières, ou plus fort encore, de faire prendre le contrôle d’un concurrent par une entreprise mieux disposée vis-à-vis de l’État initiateur ?

“Le droit est devenu une arme de guerre”

Le droit est devenu une arme de guerre et permet aussi d’engager une guerre légale. Instrument du militaire dans un cas, il le remplace totalement dans l’autre. Grâce à la création des instruments engagés avec la Société des Nations, puis l’ONU, les instruments d’arbitrage, le GATT-OMC (General Agreement on Tariffs and Trade), et la judiciarisation croissante des relations internationales, le lawfare devenu l’instrument des gouvernements et des ONG. Quitte, en cas d’échec, à revenir à des moyens plus classiques.

Quelques affaires récentes

Côté corruption, dans Le Monde du 2 février 2019, Frédéric Pierucci, un employé d’Alstom emprisonné aux États-Unis pendant deux années, dénonce l’«asymétrie dont souffrent les entreprises européennes par rapport aux américaines dans l’application de la loi anticorruption américaine».

Parmi les vingt-cinq plus gros cas (11,3 milliards de dollars d’amendes) recensés par l’université Stanford, on trouve six entreprises américaines, suivies de… cinq françaises (Technip, Alstom, Société Générale, Total, Alcatel), dix autres européennes, trois japonaises, trois brésiliennes.

Et dans le tout récent sujet concernant Airbus, ce sont les justices française et britannique qui sont les principales bénéficiaires d’un accord judiciaire pourtant longtemps soutenu par le DoJ américain.

On l’a vu dans le passé à l’occasion du dossier Eurofighter britannique, les États sont prompts à aller chercher la corruption chez les autres et à l’oublier chez soi. Encore faut-il ne pas créer ses propres vulnérabilités, notamment en tentant de ne pas respecter le droit local ou international. L’amateurisme coûte cher dans ces domaines et les grandes entreprises ont parfois un sentiment d’impunité qui peut coûter fort cher. On le voit ces derniers mois en lisant les échanges des techniciens de Boeing expliquant pourquoi l’avion qu’ils construisaient et vendaient, le 717 Max, était devenu si dangereux qu’ils n’y feraient pas voler leurs familles…

La guerre économique est une guerre comme les autres, pas seulement un autre moyen de faire la guerre. Et toute guerre nécessite de ne pas compter uniquement sur ses capacités offensives. Il faut donc savoir intelligemment construire ses outils de défense, d’information, de renseignement. Et souvent se rappeler: "Tout l’art de la guerre repose sur la duperie" disait Sun Tzu.

Derniers ouvrages parus :

Bauer (Alain), Dupuis-Danon (Marie-Christine), Les Protecteurs. La gendarmerie nationale racontée de l’intérieur, Odile Jacob, 2019.

Bauer (Alain), 3 minutes pour comprendre les 50 plus grandes affaires criminelles de notre histoire, Le Courrier du Livre, 2019.

https://www.lajauneetlarouge.com/un-nouvel-art-de-la-guerre-economique/

O Direito Tornou-se uma Arma de Guerra Económica

Uma muito esclarecedora entrevista com Véronique Chapuis-Thuault, advogada e directora de MBA na École de Guerre Économique, de Paris, sobre a actual evolução do Direito para "arma de guerra económica"...

«Le droit est devenu une arme de guerre économique»


Actu-Juridique | Delphine Bauer | 09/07/2021

INTERVIEW Véronique Chapuis-Thuault, juriste, membre du comité stratégique de la Filière des Services Juridiques et du Droit et Directrice de MBA à l'EGE

Un peu plus de deux mois après le lancement de l’association Filière des Services Juridiques et du Droit, Véronique Chapuis-Thuault, membre du comité stratégique en charge de l’axe recherche, revient sur les enjeux du droit comme outil de compétitivité dans une économie mondialisée. Nouveaux besoins des entreprises, évolutions des rôles traditionnellement alloués aux juristes, innovation et valeur ajoutée du droit, rencontre avec une juriste passionnée et déterminée à faire mieux connaître le rôle stratégique du droit dans l’économie.

Actu-juridique: Le droit représente un marché de 31,1 Md€ soit 1,3% du PIB de la France. Comment expliquer que cette information soit si méconnue?

Véronique Chapuis-Thuault: Effectivement, c’est un chiffre assez méconnu du public mais aussi des professionnels eux-mêmes car la vision historique des métiers du droit occulte cette vision de marché. Les juristes sont vus au travers de leur rôle traditionnel: le législateur vote les lois, le juge règle les différends, l’avocat défend, le notaire exerce une mission de service public et de médiateur pour les parties notamment dans les domaines immobilier et familial, le juriste d’entreprise, le plus récent, accompagne les entreprises. C’est une vision historique qui méconnaît les enjeux de compétitivité devenus importants. Les juristes, au sens large du terme, tous métiers confondus, sont perçus comme des fonctions nécessaires et non comme des fonctions productives qui créent de la valeur. Mais ces rôles historiques sont à remettre en perspective avec les évolutions fondamentales qui ont lieu aujourd’hui: le droit est vraiment devenu une arme de guerre économique.

La conquête par le droit, les services juridiques et les legaltech est une réalité qu’on doit affronter. Or pour obtenir une arme de guerre économique, il faut disposer d’une politique de conquête et de moyens de diffusion et d’application. Par exemple, on a vu que l’efficacité des lois américaines de lutte contre la corruption reposait sur la puissance de son administration et sur l’importance des sanctions applicables. Au contraire des marchés français et européens, les services juridiques anglo-saxons mènent une conquête des marchés assez vive et très bien organisée. Nous devons réagir.

Par ailleurs, les services juridiques doivent évoluer pour répondre aux demandes croissantes des entreprises en termes de réactivité, rapidité, efficacité et d’agilité pour bénéficier de solutions juridiques fiables et efficaces accompagnant leurs stratégies et leurs projets. Le champ de leurs besoins a ainsi considérablement évolué entre l’infobésité croissante, la globalisation, l’augmentation des dossiers à traiter, l’ajout de nouvelles obligations juridiques comme la lutte contre la corruption, la protection des données personnelles, le devoir de vigilance, la RSE, l’éthique, la cybercriminalité, ou encore les progrès de la science qui créent de nouveaux objets à encadrer juridiquement. Aujourd’hui, par exemple, un directeur juridique ne peut plus se contenter d’avoir une documentation en droit français seulement car il fait souvent du droit comparé toute la journée, à moins que son entreprise ait une activité purement française. Il a besoin d’une information claire, synthétique et contextualisée car il n’a plus le temps qu’il avait il y a quelques années pour lire et analyser la documentation.

Autant de nouvelles sphères juridiques et de nouvelles tâches qui s’ajoutent aux missions traditionnelles que remplissent déjà les juristes, comme conseiller, rédiger, négocier, archiver, organiser toute la vie d’un document ou d’un contrat, défendre ou attaquer. Cela fait 10 ans que l’on assiste à une telle évolution, avec une accélération ces cinq dernières années. La crise du Covid-19 a encore renforcé le mouvement, puisqu’elle a nécessité de dématérialiser en urgence pour permettre aux entreprises de continuer à agir. Les besoins de traçabilité, de fiabilité, de sécurité, s’en sont retrouvés exacerbés. Là encore, nous devons nous fédérer pour mieux répondre aux besoins des juristes en méthodes, outils, accompagnements, etc. Nous vivons une révolution qui nécessite des moyens. Nous prenons notre destin en main pour qu’ils émergent.

AJ: Comment le droit et les services juridiques sont-ils perçus d’un point de vue économique, comparé aux 18 filières industrielles du Programme d’investissement d’avenir?

V.C.-T.: La comparaison est précoce car, modestement, la Filière des services juridiques et du droit apprend de l’expérience de ces 18 filières industrielles qui mènent des projets extraordinaires dans divers domaines dont ceux de l’énergie, de la santé, de l’agroalimentaire ou encore de la sécurité. Notre objectif est de collaborer avec ces filières pour leur permettre d’intégrer le droit en amont dans la conception des stratégies, des projets et des système. Ce sera une source de production de valeur mais aussi un gain de temps et d’argent. L’habitude historique de consulter les juristes, en interne ou externe, afin de transcrire la décision en droit, peut être un facteur de perte de temps et d’argent car l’analyse juridique peut conduire dans certains cas à modifier le projet voire à le bloquer.

Dans ce contexte, l’objectif de notre filière est double: répondre aux besoins croissants des juristes, pour qu’ils puissent exercer leurs missions avec la qualité, la réactivité et la fiabilité que l’on attend d’eux; mais aussi accompagner les autres filières dans cette approche juridique qui peut apporter de la valeur ajoutée. La valeur ajoutée du droit n’est pas encore communément évoquée, du moins en France, alors que c’est déjà le cas dans les pays anglo-saxo

AJ: Est-ce dû à des codes culturels, à une approche du droit différente?


V.C.-T.: La France est le pays des Lumières, le pays de la pensée. Oui, il s’agit de voir le droit comme une matière avec une valeur ajoutée: c’est une révolution culturelle en soi. Finalement, intégrer le droit en amont, c’est aussi important que de savoir que l’on va contracter en dollars ou que telle norme est applicable. Les directeurs juridiques l’affirment: plus ils sont sollicités en amont, plus ils interviennent en direct et émettent des recommandations qui sont utiles. Cela permet d’éviter un potentiel effet déceptif. L’exemple du Health Data Hub est parlant: il a fallu 18 mois pour mettre tout un projet sur pieds et finalement, le projet a été bloqué par une décision du Conseil d’État (CE, 13 oct. 2020, n° 444937) et une délibération de la Cnil. Ont-ils vraiment pris en compte le droit? Quel a été leur raisonnement? C’est tout l’enjeu de l’intelligence juridique, émanation de la démarche d’intelligence économique, constituant une méthode pour contextualiser les enjeux juridiques, comprendre les rapports de force par le prisme du droit et également intégrer le droit en amont dans la conception des stratégies, des projets, des technologies et systèmes avec une approche transversale dite «5i»: interculturelle, intermétiers, intergénérationnelle, interpays, internationale. «Collaborer» plutôt que «transcrire» est une voie de progrès que les juristes veulent développer.

AJ: Cela veut-il dire que le rôle du juriste va évoluer vers davantage de pouvoir décisionnaire?

V.C.- T.: Le juriste doit évoluer vers une position de juriste stratège, ce qui va au-delà du juriste business partner. C’est une position dans laquelle il concourt aux décisions de l’entreprise. Il doit apprendre à penser autrement grâce à l’intelligence juridique pour avoir une vision élargie des problématiques, sortir de la technique et apporter des solutions juridico-opérationnelles aux décideurs.

AJ: Où en est votre prise de contact avec les pouvoirs publics?

V.C.- T.: Aujourd’hui, les six axes définis par l’association Filière des service juridiques et du droit (innovation et R&D, plateformisation et sécurité, réglementation et éthique professionnelle, transformation digitale et développement, internationalisation de la Filière, formation) sont à l’œuvre pour construire le plan stratégique de la filière professionnelle. Quand notre document stratégique sera émis, il sera présenté aux pouvoirs publics et aux parties prenantes avec lesquelles cette filière travaillera. Notre vision des choses est un peu révolutionnaire: montrer le droit comme une industrie, comme un service de forte valeur ajoutée, un outil de compétitivité essentiel pour une nation, c’est nouveau. Mais c’est l’avenir.


Marta Sher/AdobeStock


AJ: Les acteurs du milieu juridique ont-ils été convaincus par votre initiative?

V.C. -T.: Le projet de filière a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. Les juristes prennent leur destin en main pour répondre à leurs besoins et pour apporter un service aux autres filières. C’est une dynamique très intéressante qui est source de progrès. Mais il va falloir être à la hauteur des attentes. Les juristes tous métiers confondus sont mobilisés en ce sens.

AJ: Comment la France peut-elle se positionner?

V.C. -T.: La France a un rôle clé à jouer car elle est à l’origine de nombreuses innovations juridiques. On le voit avec la très belle initiative «Paris, place de droit», par exemple. De nombreux efforts sont faits pour attirer le règlement des litiges en France. Une démarche de marketing du droit est nécessaire pour montrer l’attractivité du pays et ainsi inciter les parties à choisir le droit français et la place de Paris pour le le règlement de leurs litiges. Ainsi le droit et la qualité du droit, des tribunaux et des services juridiques sont mis en exergue. Concrètement, dans toute fourniture de services, il y a de la concurrence.

Il faut apprendre à penser autrement car l’enjeu n’est pas seulement économique: la conquête par le droit est aussi un véhicule d’exportation d’une manière de penser et d’organiser la société et la pratique des affaires. Il en va de même pour les logiciels juridiques conçus dans un droit étranger: ils vont induire des comportements qui sont conformes à ce droit étranger. Par exemple, dans le monde anglo-saxon, nous avons vu que les données personnelles, dès lors qu’elles ont été collectées, deviennent une marchandise comme une autre qui fait l’objet d’un marché, alors que dans le droit continental, le respect de la donnée privée et de la personne est primordial.

D’ailleurs, on le voit, le RGPD a rayonné avec pour conséquence une vraie prise de conscience des enjeux relatifs aux données personnelles, et ce, même dans des pays de tradition anglo-saxonne. Derrière le rayonnement du droit, il y a une conquête de clients et de territoires.

AJ: Quand on parle d’innovation et de droit, quels sont les enjeux principaux?

VC-T: Il faut préciser ce que l’on entend par innovation juridique car elle est encore peu reconnue. L’innovation juridique se décline sur trois champs. Le premier champ concerne la fabrique du droit que l’on connaît mais à laquelle s’ajoute la fabrique du droit souple. La démarche de «droit clair» lancée par des précurseurs comme Hugues Bouthinon-Dumas est une innovation dans ce domaine qui vise à simplifier les rédactions et à lutter contre l’infobésité. C’est intéressant car parfois on a tendance à chercher à réécrire une loi au lieu de revisiter la façon dont les textes sont appliqués ou d’examiner les moyens pour le faire…

Le deuxième champ concerne les stratégies juridiques et les méthodes dont des méthodes de cartographie, d’évaluation ou de prévention des risques juridiques. On va avoir recours à telle tactique juridique pour organiser telle opération de fusion-acquisition, pour mettre en place un programme de compliance, pour créer une politique de propriété intellectuelle. Il s’agit bien de stratégie et d’innovation juridique. Et cela a de la valeur, même si c’est assez peu théorisé.

Enfin, le troisième champ concerne les innovations bi-mode combinant innovation juridique et innovation scientifique. Pour arriver à produire une telle innovation, il faut modéliser certaines missions juridiques tout en vérifiant leur adéquation au besoin et le détail de leur fonctionnement. Ensuite, se met en place une collaboration avec des scientifiques qui vont apporter leur propre innovation visant à créer un système informatique afin d’automatiser l’innovation juridique. Le développement des techniques numériques et de l’intelligence artificielle ouvre un champ des possibles très intéressant pour les juristes.

Les ingénieurs ont fait la révolution industrielle au XIXe siècle: aux juristes de faire la leur au XXIe siècle grâce aux progrès de la science et des services juridiques.

https://www.actu-juridique.fr/affaires/entreprise/le-droit-est-devenu-une-arme-de-guerre-economique/

terça-feira, 7 de dezembro de 2021

“Babel Minute Zéro” ou como a boa ficção antecipa a realidade

A escalada de tensão à volta de Taiwan está já a aquecer a “guerra fria” instalada pelos sucessivos desafios da China aos Estados Unidos e sequentes e ‘delicadas’ respostas de Donald Trump. No Indo-Pacífico, o clima atinge temperaturas nunca vistas. O ciberespaço é uma permanente ciberguerra ainda, por enquanto, relativamente controlada. Este cenário que estamos a viver, num exercício de equilíbrio à beira do precipício, foi, há anos, antecipado numa ficção “muito bem aviada” (como diria o saudoso João Isidro) do francês Guy-Philippe Goldstein, num thriller com o título “Babel Minute Zéro”. O “Le Monde” não lhe poupou elogios. Não haverá um editor português que se atreva a…?



Macau com (Muito) Azar ao Jogo



Bill Bishop, o editor do Sinocism, considera a recente queda do “rei da festa” de Macau, Alvin Chau, CEO da Suncity, como o possível início de uma “nova era” naquele território, uma era sem jogo, pois talvez Xi Jinping tenha decidido que não há lugar para o jogo numa moderna China comunista… Uma decisão com custos brutais para Macau, conclui Bill Bishop.

Fall of Macau junket king

Bill Bishop | Sinocism | Nov 29, 2021

Macau: The arrest of Suncity CEO Alvin Chau is fascinating… Perhaps Xi believes there should be no gambling in the New Era, even at massive costs to Macau.

It is starting to feel like winter here at Sinocism HQ. Among the things on my radar today:

The arrest of Suncity CEO Alvin Chau is fascinating. Perhaps it is simply related to his business enticing gamblers inside China and facilitating capital flight, but given his junket business and the rich and politically powerful who have used it he must know a lot that could be useful.

Perhaps Xi believes there should be no gambling in the New Era, even at massive costs to Macau. He has already shown a willingness to destroy other industries like tutoring, at the costs of tens of thousands of jobs and tens of billions of equity value.

What if Xi has decided there is now no room in a modern Socialist China for gambling, that gambling is inimical to the achievement of Common Prosperity, and so will push crackdowns on it with much more rigor than any of his predecessors?

How far down could the downside for Macau's gaming sector really be?

https://sinocism.com/p/covid-fall-of-macau-junket-king-china

Alea Jacta Est... Trump Manda Evacuar Teerão

Trump, 17.06.2025